LE MONDE DU CINE : La dame blanche



Cette nuit là, Malo Tiersen n’aurait jamais dû prendre sa voiture. Il n’aurait jamais dû aller dans cette maison au milieu des bois. Il n’aurait jamais dû avoir cet accident. Et vous, vous n’auriez jamais dû pousser la porte du Palais-Royal. Au théâtre, vous n’aviez jamais eu peur… Jusqu’à ce soir.

Inutile de résister, vous frissonnerez quoiqu’il arrive. Que vous soyez sur vos gardes ou non, le malaise s’installera en vous. On nous vend « une expérience inédite » et on a tendance à croire qu’il s’agit d’un simple coup marketing mais non… Dès l’entrée dans le foyer, vous êtes mis dans l’ambiance. On ne sombre pas dans le gore du théâtre du Grand Guignol. On joue avec vos nerfs et ça fonctionne. Et même le fastueux théâtre du Palais Royal parait glauque au possible. L’histoire tient la route, on se laisse happer par ce thriller dans lequel on n’est pas simple spectateur mais également acteur. C’est pour cette raison qu’amateurs de cinéma et de spectacle vivant y trouveront tous leur compte. Imaginez un film dans lequel vous êtes intégré malgré vous ! Quant aux acteurs, chaque personnage est joué avec brio. Au théâtre, les bafouilles et trous de mémoire sont monnaie courante mais ici, ce n’est pas le cas. Tant mieux parce qu’il en va de la crédibilité des rôles.

La Dame Blanche est jouée par Anaïs Delva (si ce nom ne vous dit rien, vous connaissez, sans aucun doute, sa voix puisqu’après avoir joué dans « Dracula, l’amour plus fort que la mort », elle est devenu la voix française chantée et parlée de… « Libérée, Délivrée » Oui, la Reine des Neiges. Elle passe de plusieurs rôles les uns à la suite des autres et change donc de facette, d’attitude, de jeu en une fraction de seconde ! Comme les autres d’ailleurs. On imagine le timing impressionnant pour les « Quick change ».

Le rôle principal, une sorte d’antihéros, est incarné par Arthur Jugnot (Nos chers Voisins, Les Bronzés 3…), Benoît Tachoires, qui campe l’idiot du village de façon magistrale, mérite aussi nos applaudissements. Autant, au cinéma, quand on rate une scène, on coupe et on recommence mais quand on a pour mission de faire vivre un thriller en live, on n’a pas le droit à l’erreur et ça mérite un grand coup de chapeau. Il va sans dire qu’entrer dans la peau de tels personnages doit être un vrai plaisir et qu’entendre les réactions du public doit encore ajouter à la jouissance des comédiens. Les effets spéciaux sont un plus non négligeables qui ajoutent encore au stress quand la salle est plongé dans l’obscurité totale ou qu’elle est juste éclairée à la lampe torche. Les décors sont efficaces et ne manquent pas de fluidifier l’histoire. La pièce est à la fois drôle et ne manque jamais de rythme. Du grand art et de l’inédit. On valide !!! Mais surtout on veille à ne pas trop vous raconter, ça gâcherait tout votre plaisir de cette pièce au top !

Une pièce de Sébastien AZZOPARDI et Sacha DANINO
Avec : Arthur JUGNOT (Malo), Anaïs DELVA (Alice et Nina), Emma BRAZEILLES (Chloé et Rosalie), Michèle GARCIA (la Vieille), Réjane LEFOUL (Céline), Sébastien PIERRE (Alex), Benoît TACHOIRES (Victor), Charline ABANADES, Vincent CORDIER, Jean-Baptiste DAROSEY
Théâtre du Palais-Royal

Aurélien / Septembre 2015 / Le monde du ciné


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