THEATRAL : Interview Sébastien Azzopardi



Sébastien Azzopardi, en mouvement permanent.

Son Tour du monde en 80 jours est encore à l'affiche du Café de la Gare. Pour sa dernière création au Lucernaire, Les caprices de Marianne, L'humour foldingue laisse la place à la mélancolie, et à l'obscurité des sentiments.

Quand il dit qu'il a toujours été attiré par le théâtre, ce n'est pas une formule toute faite. Sébastien Azzopardi fait ses premiers pas sur les planches à dix ans, dans la peau de Monsieur Jourdain. "Ce trac, ce mélange sensationnel de peur et d'envie d'y aller, j'ai su à ce moment-là, que j'aimerais le vivre toute ma vie." Il poursuit avec des rôles d'envergure au lycée, où il campe le Créon d’Anouilh. S’enchaînent assez naturellement le Conservatoire d’art dramatique du cinquième arrondissement de Paris, le Cours Simon… et l’envie d’être tour à tout l’interprète et le faiseur, l’acteur, l’auteur ou adaptateur et le metteur en scène. « Je ne me voyais pas toujours dépendant du désir des autres. »

Son propre désir le guidera donc, et plutôt bien, merci. Assistant de Marcel Bluwal à 23 ans, puis metteur en scène, tricoteur d’univers. Sébastien invite son public au voyage, et ça fonctionne. Voyage dans la langue (Les classiques contre-attaquent, autour de Voltaire, Rabelais et La Fontaine), voyage autour du monde. Son Tour du monde en 80 jours est une véritable bombe comique.

En 80 minutes, il bouscule, revitalise, fait respirer le chef d’œuvre de Jules Verne. Résultat, un carton plein au Lucernaire d’abord puis au Café de la Gare. La pièce vient de franchir le cap des 700 représentations à Paris, et une petite centaine en tournée. Avec Sébastien Azzopardi, les univers se suivent et ne se ressemblent pas. C’est l’Angleterre puritaine d’Oscar Wilde dans L’éventail de Lady Windermere –cinq nominations aux Molières 2007 !–, c’est l’Italie virevoltante et sombre à la fois de Musset dans Les caprices de Marianne. Avec un décor souvent épuré, trois accessoires, et des comédiens d’une redoutable efficacité, il relève d’étonnants défis. « La force du théâtre, clame t-il, c’est qu’avec quatre planches et deux projecteurs, on peut faire de grandes choses, si le cœur et la passion sont là. C’est une émotion directe, une électricité véritable, sans trucages, c’est l’arme du vrai. » Il se dit timide, on a du mal à le croire, tant le verbe est sûr, appuyé de gestes forts, et la fougue sincère quand il parle de son art.

Qu’il écrive, joue ou mette en scène, le souriant homme-orchestre de 33 ans, en mouvement permanent, se révèle d’une grande exigence. Avec lui-même, avec les autres. En période de création, il veut se réserver « le temps de changer d’avis ». Et ça marche. La compagnie qui porte son nom, sa petite entreprise ne connaît pas la crise. Après six mises en scène, il porte la touche finale à un texte écrit de sa main avec Sacha Danino, déjà co-adaptateur de Tour du monde, pour un spectacle qu’il aimerait monter cet été. Encore une belle promesse…

Nedjma Van Egmond - mars/avril 2009


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